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Hélène RAYNAL
18 avril 2020
Carnet de confinement, entre Verneuil et COVID

Carnet de confinement, entre Verneuil et COVID

Carole, bretonne et enfermée

Carole, 51 ans, habite dans une petite ville au cœur de la Bretagne avec son fils et son conjoint, tous deux également atteints de la maladie de Verneuil. Ils vivent dans une maison de ville sans jardin ni balcon depuis le début du confinement. La région étant relativement peu touchée par la pandémie, peu de cas ont été recensées dans la ville mais les habitants sont très respectueux des dispositions de confinement ce qui donne une ambiance étrange à ce quartier qu’elle connait si bien. Témoignage…

« On était comme prostrés, privés de sortie »

L’annonce du confinement a été un choc pour toute la famille et la première semaine assez compliquée à vivre. Si Carole s’est précipitée sur son ménage et rangements en tous genres, cette période a surtout été l’occasion de se parler davantage et de se rapprocher entre tous les membres de la famille. Les semaines suivantes ont consolidé ces liens retrouvés par un rythme de croisière maintenant bien rodé. On dort peu, on bouge peu, toutefois les journées sont bien remplies.

« On tourne tout en dérision »

Le rituel est maintenant bien établi : La matinée est active, chacun fait son ménage dans son espace et gère ses petites affaires pour se retrouver tous ensemble à l’heure du déjeuner qui devient un vrai moment d’échange et de complicité. Entre la confection et la prise des repas, tout le monde s’y met dans une ambiance joyeuse et une bonne dynamique. Tout est prêt à 14h pour le film de France 2, qui – peu importe s’il est mauvais - est un moment de détente et de franches parties de rire. Le café se prend ensuite à deux pas de la maison, sur le banc tout près de là en plein soleil sous le regard parfois désapprobateur des voisins. ça ne dure jamais longtemps mais c’est indispensable de sortir prendre un peu l’air. Petit moment à soi ensuite, où chacun vaque à ses occupations. Entre la lecture, les réseaux sociaux et les nombreux coups de fil aux amis, le temps passe vite. La fin de l’après-midi est un nouveau temps fort pour la famille puisque c’est le moment de se retrouver pour une séance sportive collective chacun accroché à sa manette Wii sport. Retour en cuisine ensuite pour la confection du repas du soir et selon les programmes, soirée Netflix ou télé tous ensemble, surtout les vendredis devant Koh Lanta !

Une fois par semaine, c’est la grande sortie courses qui fait du bien. Tout le monde y va, mais chacun son sac avec sa liste de courses. On se dépense peu et on cuisine bien, un vrai casse-tête pour conserver la ligne ! Le régime sera pour plus tard.

« Ce confinement nous a énormément rapprochés »

Passé la première semaine où tout le monde, choqué et hébété par la situation s’était replié sur lui-même, la famille s’est rapprochée et la parole libérée. Les moments d’échange se sont multipliés au fil des jours autour d’une famille plus soudée que jamais. L’humour est devenu un mode de fonctionnement et la dérision omniprésente. L’actualité du corona virus est devenue source de nombreux gags qui rythment les journées.

Ce que Carole supporte mal, c’est l’interdiction de sortir, l’injonction de rester à domicile sans pouvoir jouir librement de plaisirs aussi simples qu’une petite promenade. Le quartier est totalement désert tant les habitants sont respectueux des consignes. Le port du masque est obligatoire ici et la ville figée dans le silence. Ce silence est rompu par le seul chant des oiseaux qu’elle n’avait plus écouté depuis bien longtemps. Même les chats ont changé de comportement, ils passent maintenant leurs journées derrière la fenêtre comme s’ils attendaient quelque chose. Ils mangent moins, sont moins câlins qu’avant.

« Je suis toxicomane des gens, mes amis me manquent »

Mais la plus grosse privation pour Carole c’est l’absence de contact avec ses amis surtout ceux qui sont en souffrance. Ne pas pouvoir être là à leurs côtés, c’est terrible ! Cette situation génère en elle un gros malaise et un sentiment de frustration qui l’attriste profondément : « Je suis résignée par dépit, c’est affreux en même temps que nécessaire ».

« Côté Verneuil, c’est une catastrophe »

Avant tout ça, Carole était déjà en crise. Une petite vingtaine d’abcès se manifestaient alternativement et s’étaient réveillés juste avant les mesures de confinement. L’enfermement a accentué les poussées qui sont d’autant plus présentes qu’elle ne peut plus marcher régulièrement. Elle gère au quotidien comme elle a l’habitude de le faire, à l’aide d’huiles essentielles principalement. Si son conjoint a également noté une petite récidive, son fils quant à lui n’a pas eu à subir de nouvelle poussée.

« Une bouffe monumentale tous ensemble »

L’après confinement, Carole l’attend avec impatience et elle sait déjà comment elle va fêter ce moment. Un projet pique-nique dans un parc magnifique est déjà lancé sur Facebook pour réunir autour d’elle tous ses amis et voisins. Elle espère qu’après cette épreuve collective, les rapports humains redeviendront ce qu’ils étaient auparavant, faits d’embrassades et de contacts. Le pire serait une réaction de repli sur soi dans une société toute numérique…

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